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Le carnet nutrition

Comment réussir l’hydratation du sportif avant, pendant et après l’effort ?

11 min de lecture Par Laëtitia Knopik

Hydratation du sportif à vélo

Bien gérer l’hydratation du sportif ne se résume pas à vider une bouteille d’eau après la séance. À l’effort, le corps perd de l’eau et du sel par la sueur, à un rythme propre à chacun. Repérer les signes de manque, organiser ses boissons avant, pendant et après l’entraînement, préparer une boisson maison et éviter l’excès inverse permet de pratiquer avec plus de confort et de sécurité.

Hydratation du sportif : comprendre les pertes d’eau à l’effort

L’eau représente une grande part de notre poids et participe à presque toutes les fonctions sollicitées par le sport : transport de l’oxygène et des nutriments, lubrification des articulations, élimination des déchets et surtout régulation de la température. Dans mon accompagnement en nutrition du sportif, l’hydratation est souvent le premier levier que nous regardons ensemble, parce qu’il est simple à ajuster et que ses effets se ressentent vite sur l’énergie et le confort. Beaucoup de pratiquants arrivent déjà en léger déficit à l’entraînement, ou au contraire s’imposent des volumes excessifs par peur de manquer. Il faut d’abord comprendre d’où viennent les pertes, quels signaux le corps envoie et pourquoi elles varient d’une personne à l’autre. Ce socle permet ensuite de bâtir une stratégie personnelle plutôt qu’une règle unique.

Pourquoi le corps perd autant d’eau en bougeant

Lorsque les muscles travaillent, ils produisent beaucoup de chaleur. Pour éviter que la température interne ne grimpe trop, l’organisme active son principal système de refroidissement : la transpiration. La sueur s’évapore à la surface de la peau et emporte avec elle une partie de cette chaleur. Le mécanisme est efficace, mais chaque goutte évaporée est de l’eau qui quitte le corps, accompagnée de sels minéraux, surtout du sodium et, en moindre quantité, du potassium. S’y ajoutent la respiration, surtout quand on souffle fort, et les urines, qui diminuent pendant l’effort car les reins économisent l’eau. Par forte chaleur et à intensité soutenue, la sueur peut dépasser un litre par heure chez certains sportifs. Les entrées, elles, viennent des boissons mais aussi des aliments riches en eau comme les fruits, les légumes, les soupes ou les laitages.

Les entrées et sorties d’eau à l’effort ENTRÉES SORTIES L’eau du corps Boissons eau, boisson de l’effort Aliments fruits, légumes, soupes Sueur la plus grosse perte eau et sel Respiration air expiré chargé d’eau Urines réduites à l’effort
À l’effort, la sueur devient la principale sortie d’eau et de sel.

Signes de déshydratation et couleur des urines

Le manque d’eau s’installe souvent sans bruit. La sensation de soif est le premier signal, mais elle peut arriver tardivement quand on est concentré sur l’effort, chez l’enfant ou chez la personne âgée. Viennent ensuite une bouche sèche, une fatigue inhabituelle, des jambes lourdes, des maux de tête ou une baisse de lucidité. Selon les repères couramment admis en nutrition du sport, une perte d’eau d’environ 2 % du poids corporel peut déjà peser sur la performance. Au quotidien, la couleur des urines est un indicateur simple : claires, couleur paille, elles traduisent en général une bonne hydratation, alors qu’une teinte foncée et un faible volume invitent à boire. Ce repère reste indicatif, car les urines du matin sont plus concentrées. Vertiges, confusion ou absence d’urines pendant plusieurs heures justifient un avis médical rapide.

La couleur des urines, un repère simple Très clair Paille Jaune Foncé Ambré Bien hydraté Buvez Boire sans tarder Repère indicatif : urines du matin plus foncées, certains aliments et vitamines les colorent
Plus les urines foncent, plus il est temps de boire.

Ce qui fait varier les besoins d’un sportif à l’autre

Deux personnes qui courent côte à côte ne perdent pas la même quantité d’eau. La température et l’humidité jouent un rôle majeur : un air humide freine l’évaporation, si bien que l’on transpire beaucoup sans être bien refroidi. L’intensité et la durée comptent aussi, tout comme la tenue, le vent ou une salle mal ventilée. Le gabarit intervient, un corps plus lourd produisant en général plus de chaleur. Enfin, chacun a sa propre signature de transpiration : certains ruissellent au moindre effort, d’autres transpirent peu, et la teneur en sel de la sueur varie beaucoup d’une personne à l’autre. Des traces blanches sur un maillot sombre signalent souvent une sueur plutôt salée. Les recommandations générales ne donnent qu’un ordre d’idée : observer vos propres réactions, séance après séance, reste le meilleur moyen d’ajuster vos apports.

Boissons pour l’hydratation du sportif
Une carafe aux agrumes donne envie de boire sans sucre ajouté.

Hydratation du sportif avant, pendant et après l’effort

Une bonne stratégie d’hydratation se pense en trois temps complémentaires. Arriver bien hydraté évite de démarrer avec un handicap, boire pendant limite l’accumulation du déficit, et se réhydrater ensuite prépare la séance suivante. Le jour d’une épreuve, ces repères s’articulent avec le repas avant une compétition, qui apporte lui aussi de l’eau et du sel, mais l’hydratation se travaille surtout à l’entraînement, là où l’on peut tester sans enjeu. Je conseille souvent de noter quelques semaines durant ce que l’on boit, la météo, la durée et le ressenti : ce petit carnet d’hydratation révèle vite les habitudes à garder et celles à corriger. Le tableau suivant propose des repères généraux selon la séance, à adapter à votre transpiration, à votre discipline et à votre santé.

SituationRepère d’hydratation
Séance de moins d’une heure, temps fraisDe l’eau selon la soif ; boire après la séance suffit souvent
Séance d’une heure ou plusPetites gorgées régulières, boisson maison si l’effort se prolonge
Forte chaleur ou humiditéBoire plus tôt et plus souvent, baisser l’intensité
Effort de plusieurs heuresPlan de boisson testé à l’entraînement, sans boire plus que ses pertes
Après la séanceBoire progressivement, avec un repas ou une collation un peu salée

Arriver bien hydraté au départ

L’hydratation d’avant séance commence bien avant d’enfiler ses chaussures. Boire régulièrement tout au long de la journée, par petites quantités, est plus efficace que d’avaler un grand volume juste avant l’effort, qui risque surtout de provoquer une envie pressante ou un ballonnement. La veille d’une sortie longue, gardez simplement vos habitudes. Dans les heures qui précèdent, un à deux grands verres d’eau laissent au corps le temps d’absorber ce dont il a besoin et d’éliminer le surplus avant le départ. Un repère visuel simple consiste à vérifier que les urines sont claires. Les repas participent aussi à cet apport grâce aux crudités, aux fruits ou aux soupes, et le sel qu’ils contiennent aide à retenir l’eau bue. Évitez en revanche de tester une boisson inhabituelle juste avant une séance importante.

Boire pendant l’effort par petites gorgées

Pendant la séance, l’objectif n’est pas de compenser toutes les pertes, ce qui est rarement possible, mais de limiter le déficit. Pour un effort de moins d’une heure par temps doux, beaucoup de sportifs n’ont pas besoin de boire en cours de route, à condition d’être partis bien hydratés. Au-delà, ou quand il fait chaud, des petites gorgées régulières, par exemple toutes les quinze à vingt minutes, passent mieux que de grandes quantités d’un coup. La soif reste un bon guide pour la plupart des pratiquants, à condition d’avoir de quoi boire à portée de main : bidon sur le vélo, gourde à la ceinture, bouteille au bord du terrain. Entraînez aussi votre tolérance digestive : boire en courant s’apprend, et un estomac habitué supporte mieux les apports le jour J.

Boire avant, pendant et après l’effort AVANT PENDANT APRÈS Boire tout au long du jour 1 à 2 verres dans les heures qui précèdent Petites gorgées régulières toutes les 15 à 20 min au-delà d’une heure Se peser avant et après reboire les pertes peu à peu avec un peu de sel Tout se teste d’abord à l’entraînement
Partir hydraté, boire par petites gorgées, reboire progressivement après.

Se réhydrater après la séance

Après l’effort, la réhydratation mérite autant d’attention que le reste. Le moyen le plus fiable d’estimer vos pertes est de vous peser avant et après une séance, dans une tenue sèche identique : chaque kilo perdu correspond à peu près à un litre d’eau. Les repères de nutrition du sport proposent de boire, sur les heures qui suivent, environ une fois et demie ce volume, car une partie de l’eau bue repart dans les urines. Associer ces boissons à un peu de sel, via une soupe, un bouillon, du pain ou un repas normalement assaisonné, aide le corps à retenir l’eau plutôt qu’à l’éliminer aussitôt. Si votre poids a augmenté pendant la séance, c’est au contraire le signe que vous avez bu plus que nécessaire.

2% du poids perdu en eau peut peser sur la performance
1litre d’eau environ par kilo perdu pendant la séance
150% des pertes à reboire peu à peu après l’effort
60minutes : en deçà, l’eau suffit en général

Quelles boissons pour l’hydratation du sportif ?

Le choix de la boisson dépend avant tout de la durée de l’effort, de la chaleur et de ce que vous mangez autour. Il n’existe pas de boisson miracle : l’eau couvre l’essentiel des besoins de la plupart des séances, et les boissons enrichies en sel et en sucre ne deviennent utiles que dans des situations précises. Avant de choisir, il est intéressant d’avoir une estimation de vos besoins en eau. Le calculateur ci-dessous donne un ordre de grandeur indicatif selon votre poids, votre temps de sport et la chaleur ; il ne remplace ni votre ressenti ni l’avis de votre médecin, surtout si vous suivez un traitement ou si une limitation des boissons vous a été prescrite, par exemple pour une maladie cardiaque ou rénale.

L’eau, boisson de base de la plupart des séances

Pour une séance de moins d’une heure, une marche active, un cours collectif ou une sortie à vélo tranquille, l’eau du robinet suffit dans la grande majorité des cas. Elle est contrôlée, peu coûteuse et disponible partout ; les eaux en bouteille conviennent aussi. L’eau gazeuse est bien tolérée par certains, mais les bulles peuvent provoquer ballonnements ou reflux pendant l’effort : gardez-la plutôt pour après. Une eau fraîche, sans être glacée, se boit plus facilement et aide à se rafraîchir par temps chaud. Pour donner envie de boire, quelques rondelles d’agrumes, de concombre ou des feuilles de menthe dans une carafe apportent du goût sans sucre ajouté. Le vrai défi est souvent de penser à boire : une gourde toujours visible vaut mieux que de bonnes intentions.

Les boissons maison à l’eau, au sel et au sucre

Pour les efforts de plus d’une heure, surtout par temps chaud ou si vous transpirez beaucoup, une boisson légèrement sucrée et salée peut devenir intéressante. Le sucre apporte un peu d’énergie aux muscles et facilite l’absorption de l’eau, le sel compense une partie du sodium perdu dans la sueur et entretient l’envie de boire. Une préparation maison simple consiste par exemple à couper un jus de fruits avec autant d’eau et à y ajouter une petite pincée de sel. L’essentiel est de rester sur une boisson diluée : trop sucrée, elle quitte lentement l’estomac et peut provoquer des troubles digestifs ; trop salée, elle devient désagréable. Testez toujours votre recette à l’entraînement. Si vous suivez un régime pauvre en sel pour une hypertension ou une autre raison médicale, n’ajoutez pas de sel sans en avoir parlé à votre médecin.

Les boissons à limiter autour du sport

Certaines boissons n’aident pas l’hydratation, voire la compliquent. Les boissons énergisantes, riches en caféine et souvent en sucre, ne doivent pas être confondues avec les boissons de l’effort : l’ANSES déconseille de les consommer pendant une activité physique. Les sodas et les jus non dilués, très sucrés, sont mal tolérés à l’effort et n’apportent pas le sel utile. L’alcool augmente l’élimination de l’eau par les reins et gêne la récupération : le verre d’après-match ne remplace jamais l’eau. Le café et le thé, pris avec modération par des personnes habituées, n’ont pas d’effet déshydratant marqué et comptent dans les apports, mais un excès peut entraîner nervosité, palpitations ou inconfort digestif. Enfin, les eaux aromatisées ou enrichies ne sont pas nécessaires, malgré les discours marketing.

Pause hydratation du sportif
En été, repérer les fontaines de son parcours allège le sac.

Hydratation du sportif : chaleur, efforts longs et excès d’eau

Certaines situations demandent une vigilance particulière, parce que les pertes deviennent importantes ou parce que l’erreur inverse devient possible. Par forte chaleur, lors d’épreuves de plusieurs heures ou pendant les tournois qui enchaînent les matchs, l’équilibre hydrique se joue sur un fil : pas assez d’eau entraîne fatigue et risque de coup de chaleur, trop d’eau sans sel peut diluer le sodium du sang. Le schéma ci-dessous résume cette zone d’équilibre à rechercher. Ces situations se préparent à l’avance, se testent à l’entraînement et s’adaptent à votre état de santé. Les enfants, les adolescents et les seniors, qui perçoivent parfois moins bien la soif ou supportent moins bien la chaleur, doivent être particulièrement accompagnés lors des activités par temps chaud.

L’équilibre à rechercher pendant l’effort Pas assez Équilibre Trop d’eau Déshydratation soif, fatigue, jambes lourdes baisse de performance Boire selon sa soif et selon ses pertes réelles urines claires Excès d’eau sodium du sang dilué (hyponatrémie), rare
La soif, les pesées et les urines guident vers la zone d’équilibre.

S’adapter à la chaleur et à l’humidité

Quand le thermomètre grimpe, le corps a besoin de temps pour s’adapter. Cette acclimatation à la chaleur demande en général une dizaine de jours à deux semaines d’exposition progressive : la transpiration devient plus précoce et plus abondante, la sueur un peu moins salée, et l’effort paraît moins pénible. Pendant cette période, réduisez l’intensité et privilégiez les heures fraîches. Buvez plus tôt et plus souvent, portez des vêtements clairs et respirants. Les signes d’un coup de chaleur doivent être connus de tous : peau très chaude, maux de tête intenses, nausées, confusion ou malaise. Face à eux, on arrête l’effort, on met la personne à l’ombre, on la refroidit et on appelle les secours. Lors des alertes canicule, Santé publique France rappelle d’éviter les activités physiques intenses aux heures les plus chaudes.

Sports longs : anticiper et ajuster

Marathon, trail, randonnée, cyclosportive ou journée de tournoi : plus l’effort dure, plus les petits écarts d’hydratation s’additionnent. L’idée est de construire un plan de boisson personnel à partir de vos pesées d’entraînement, de la météo annoncée et de l’emplacement des ravitaillements. Repérez à l’avance où remplir votre gourde. Sur ces durées, alterner l’eau et une boisson légèrement salée et sucrée aide à couvrir les besoins en eau et une partie des pertes de sodium. Restez à l’écoute de votre soif plutôt que de suivre un volume fixe décidé à l’avance, et ajustez selon la chaleur du jour. Les aliments pris pendant l’effort apportent eux aussi du sel. Les détails propres à chaque discipline relèvent d’un travail spécifique ; l’essentiel est que tout se teste à l’entraînement avant le grand jour.

  1. MesurerSe peser avant et après plusieurs séances, par temps frais et par temps chaud.
  2. RepérerNoter les ravitaillements, la météo prévue et la durée estimée de l’effort.
  3. ChoisirPrévoir de l’eau et une boisson maison déjà testée et bien tolérée.
  4. AjusterBoire selon la soif, la chaleur et la couleur des urines, sans se forcer.

Trop boire, une erreur plus rare mais sérieuse

À force d’entendre qu’il faut boire, certains sportifs en font trop. Lors d’efforts très longs, avaler beaucoup d’eau, nettement au-delà de ce que l’on perd, peut diluer le sodium du sang : c’est l’hyponatrémie d’effort. Elle reste rare, mais elle peut être grave. Elle touche surtout des pratiquants lents sur de longues distances qui boivent à chaque ravitaillement, sans soif. Ses premiers signes ressemblent parfois à ceux de la déshydratation : nausées, maux de tête, mains gonflées, ballonnement, puis confusion ou malaise. Une prise de poids pendant l’effort est un signal d’alerte, car elle indique que l’on a bu plus que ses pertes. La prévention est simple : boire selon sa soif, connaître ses pertes et inclure un peu de sel lors des épreuves longues. En cas de confusion ou de malaise, une prise en charge médicale urgente s’impose.

Combien faut-il boire par jour quand on fait du sport ?

Il n’existe pas de chiffre unique : aux besoins habituels s’ajoutent les pertes de chaque séance, estimées par la pesée. Le calculateur donne un ordre de grandeur, à affiner avec la soif et la couleur des urines.

Les enfants sportifs doivent-ils boire différemment ?

Les enfants oublient souvent de boire quand ils jouent et supportent mal les fortes chaleurs. Proposez-leur de l’eau régulièrement, pendant les pauses, surtout l’été, et évitez les boissons sucrées ou énergisantes. En cas de malaise ou de fatigue anormale, l’avis du médecin s’impose.

Portrait de Laëtitia Knopik, diététicienne nutritionniste à Arras

L’autrice

Laëtitia Knopik, diététicienne nutritionniste diplômée d’État à Arras

Titulaire d’un DU de nutrition du sportif et formée à la préparation mentale, elle reçoit sur rendez-vous au cabinet du 7 rue de la Taillerie, à Arras, ou en visioconférence. Ses articles donnent des repères généraux qui ne remplacent ni une consultation individuelle ni l’avis de votre médecin. Article publié le 8 septembre 2026.

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